« Tu as un métier de rêve ! » — On me le dit souvent.
Et c’est vrai : c’est un métier qui me passionne profondément. Mais derrière cette affirmation, il y a un parcours loin d’être linéaire, fait de remises en question, de sacrifices, d’efforts… et de moments forts.
Et si je vous racontais pourquoi j’ai choisi cette voie ?
Promis, ce n’est pas seulement une histoire de « j’aimais dessiner des maisons quand j’étais petite »… même si, je dois l’avouer, cela a sûrement joué un rôle.
Entre rêve d’enfant et vocation affirmée
Très jeune, autour de 12 ou 13 ans, deux métiers me faisaient rêver : vétérinaire et architecte. Deux univers très différents, mais qui m’attiraient chacun pour des raisons profondes.
D’un côté, il y avait le soin, l’utilité, le rapport au vivant.
De l’autre, la création, la transformation, la capacité à imaginer ce que pourrait devenir un lieu existant.
J’avais déjà ce réflexe d’observer une pièce et d’envisager spontanément comment elle pourrait être repensée.
À cette époque, je traversais aussi la phase assez classique du « je veux sauver le monde ». Dans mon cas, ce sont les animaux qui occupaient toute la place. Je n’en avais pas à la maison, et ce manque renforçait probablement mon attachement. Alors, à défaut d’avoir un chien, je recueillais des coccinelles pour l’après-midi… et je leur construisais une cabane miniature parfaitement aménagée.🐞
Je m’imaginais déjà concevoir une clinique vétérinaire idéale, avec boutique, parc, refuge, centre de soins et espace de bien-être. Avec le recul, je me dis que je dessinais peut-être déjà, sans le savoir, les prémices d’un projet architectural.
Le stage qui change tout
En classe de troisième, lorsque le stage d’observation s’est présenté, j’ai naturellement choisi le métier de vétérinaire. Je m’imaginais opérer des animaux sauvés in extremis, partir sur le terrain dans des fermes, des réserves, des zoos…
La réalité a été très différente de ce que j’avais imaginé : consultations de routine, vaccins, castrations. Rien d’héroïque, simplement le quotidien d’un cabinet.
Ce décalage a été brutal, mais extrêmement instructif. J’ai compris que, malgré mon respect pour ce métier, je ne m’y projetais pas du tout. Je n’étais pas à ma place.
Parfois, une seule expérience suffit à éclairer ce que l’on ne veut pas… et, par contraste, ce que l’on désire réellement.
Ce stage a été un véritable déclic. Les animaux resteraient une passion, mais pas une profession. Et, presque naturellement, l’architecture a pris toute sa place dans mon esprit.
Ce doute diffus que je portais en moi s’est transformé en évidence : ce que je voulais, c’était concevoir, repenser, imaginer. Ce stage m’a offert une boussole. Il m’a permis de faire un vrai choix.

Trouver le bon métier… entre architecture et décoration
Je me suis alors renseignée sur les études d’architecture. J’ai eu la chance d’assister à la soutenance de diplôme d’une proche, étudiante à ce moment-là à l’École d’architecture de Versailles. C’était passionnant, mais je ressentais une distance entre cette discipline et ce que je cherchais. L’échelle me paraissait immense, parfois abstraite, et un peu éloignée du quotidien des personnes. Je cherchais un métier plus proche du réel, plus concret, plus créatif.
À l’inverse, les émissions de décoration qui se développaient à la télévision me semblaient trop superficielles. C’était inspirant… mais là encore, il me manquait de la profondeur. Je ne me voyais pas me limiter à des choix esthétiques sans réflexion de fond.
Je cherchais un métier capable de réunir créativité, technique et proximité avec la vie réelle.
Lorsque j’ai découvert l’architecture intérieure, tout s’est clarifié. Ce métier réunissait exactement ce que j’attendais : concevoir, dessiner, transformer, coordonner, tout en restant à une échelle profondément humaine.
Là, j’ai su que j’avais trouvé ma voie ✨
Ce jour-là, j’ai compris que ce que j’aimais vraiment, ce n’était pas seulement transformer des espaces pour les rendre plus beaux, mais aussi pour les rendre plus fonctionnels, vivants et adaptés aux personnes qui y vivent.
Ce qui m’attirait, au fond, c’était la possibilité d’améliorer la vie des gens à travers leur espace, pas simplement suivre des tendances.
Les prémices : une chambre en perpétuel chantier
Avec le recul, les signes étaient déjà là.
Je jouais aux Barbie, Playmobil ou Petshop… mais ce qui me passionnait, c’était de leur construire des univers complets : maisons, décors, scénarios de vie.
Dès 11 ans, je réaménageais ma chambre toutes les deux semaines. Je déplaçais les meubles, j’expérimentais la déco, je changeais tout.
Sur ordinateur ou Nintendo DS, je passais des heures sur des jeux de décoration. En réalité, je construisais plus que je ne jouais.
Mon père avait installé un logiciel de modélisation 3D sur l’ordinateur familial : je recréais des intérieurs entiers, déjà comme une professionnelle en herbe.
Ajoutez à cela mon amour du dessin et des activités manuelles… et vous obtenez ma première école.
Ce n’était pas un simple loisir : ça m’animait profondément, ça me passionnait.
La scolarité : premier vrai choix d’avenir
Au collège, les arts plastiques étaient mon terrain de jeu. J’y ai eu mes meilleures notes, et surtout ce sentiment que j’avais « quelque chose » à exprimer dans ce domaine.
Au lycée, en revanche, les maths l’étaient beaucoup moins… Après une superbe moyenne de 4/20, j’ai fini par l’accepter : les maths, ce n’était clairement pas mon truc 😅
Faute de filière artistique dans mon établissement, j’ai donc choisi un bac Littéraire. Objectif : intégrer une MANAA (Mise à Niveau en Arts Appliqués), formation très sélective à l’époque.
Mon dossier n’était pas idéal : moyenne autour de 12/20, pas de portfolio solide, peu de soutien des enseignants. On m’expliquait que les dossiers sous 15 de moyenne n’étaient même pas étudiés.
Mais j’y ai cru. J’y ai mis tout mon cœur. J’ai suivi mon instinct — et spoiler alert : j’ai bien fait.
Croquis, dessins, lettre de motivation… j’ai tout donné.
Et j’ai été acceptée du premier coup, dans mon deuxième choix d’école.
Je peux vous dire que l’annonce aux professeurs sceptiques avait un goût particulier. Ce petit moment de revanche intérieure où l’on se dit qu’ils auraient peut-être pu croire en nous un peu plus.
À 18 ans, je quitte donc les Yvelines pour Le Havre : premier appartement, nouvelle ville, nouvelles études. Une année intense, faite de liberté, de découvertes… et de soirées étudiantes, soyons honnêtes 🎉
Mais surtout, une immersion passionnante : graphisme, design d’espace, mode, peinture, modèle vivant… J’étais enfin à ma place.
Le BTS Design d’Espace : entrer dans le concret
Après Le Havre, direction Caen pour deux années de BTS Design d’Espace.
Le programme était dense, plus ciblé, orienté vers la scénographie et la micro-architecture locale. Sauf que moi, ce que je voulais, c’était du concret, du fonctionnel, du vivant. Des lieux à habiter, à ressentir.
Pendant ces deux années, j’ai développé des compétences solides : plans techniques, modélisation 3D, maquettes. Mais j’ai aussi affûté mon regard et ma capacité d’analyse.
On avait même des cours de philosophie appliquée à l’architecture. L’objectif : pousser la réflexion, affiner les intentions, donner du sens à chaque projet. J’adorais ces moments-là. Tout devenait cohérent.
En deuxième année, j’ai décroché mon premier stage à la Compagnie de Phalsbourg, sur un outlet de luxe près de Lyon. Scénographie saisonnière, espace VIP, merchandising… J’ai adoré cette première immersion sur le terrain.
J’y ai découvert le chantier, la coordination, les contraintes — tout en conservant la dimension créative. Un équilibre précieux.

Le Master : l’épanouissement
Après avoir obtenu mon BTS haut la main, je ne me sentais pas encore suffisamment formée. J’avais envie d’approfondir mes connaissances en architecture d’intérieur.
J’ai tenté le DSAA dans des écoles publiques parisiennes. La sélection était extrêmement exigeante — à peine une quinzaine de places par établissement — et malgré un bon dossier, j’ai essuyé les refus.
L’échec a été difficile, mais nécessaire. Avec le soutien de mes parents, j’ai décidé de rebondir vers les écoles privées parisiennes.
J’ai intégré l’école LISAA. Très vite, j’ai senti que c’était le bon choix.
Dès la troisième année, c’est la révélation. Je prends un plaisir immense à travailler, je découvre des matières qui me passionnent et je sens que je suis enfin exactement là où je dois être.
Stages, alternance, responsabilités croissantes, relation client, suivi de chantier… je découvre toutes les facettes du métier et gagne en autonomie.
Les projets sont variés : appartements parisiens, studios, coffee shop, chalets à Méribel, écolodge au Brésil. Cette diversité me stimule énormément.
En parallèle, le projet de diplôme occupe toute mon énergie. Charrettes, nuits courtes, stress intense… mais il faut tenir.
Et finalement, le travail paie : Master obtenu avec les félicitations du jury et une moyenne de 18/20 🎓
Un immense soulagement, une fierté, et soudain… une question : « Et maintenant ? »

Un voyage pour se ressourcer… et clarifier la suite
Après six années intenses, j’avais besoin de recul.
Avec mon compagnon, nous sommes partis trois mois au Canada, un pays qui m’attirait depuis longtemps. Nous avons beaucoup voyagé — Montréal, Toronto, Ottawa, Québec, la Gaspésie — découvrant des paysages spectaculaires, une autre culture et un rythme de vie différent.
Ce voyage a été profondément ressourçant et pour la première fois depuis longtemps, j’avais du temps pour réfléchir. J’ai pu poser les bases d’un véritable plan d’action pour mon retour et me poser les bonnes questions, sans pression immédiate.
En BTS, je m’imaginais simplement décrocher un CDI en agence d’architecture d’intérieur. L’idée de me lancer à mon compte ne m’effleurait même pas. Je pensais suivre un parcours classique : apprendre, gagner en expérience, évoluer progressivement.
Puis, au cours du Master, mon regard a commencé à changer. J’ai eu l’opportunité de réaliser quelques missions en sous-traitance en parallèle de mes études. Cette expérience m’a poussée à créer ma micro-entreprise en 2021, la même année que mon diplôme et mon alternance — comme si mon emploi du temps n’était pas déjà assez chargé.
Petit à petit, j’ai pris confiance en moi et en mon travail. L’idée de me lancer directement à mon compte après l’obtention du diplôme est devenue envisageable. Après tout, la structure existait déjà, et je n’avais rien à perdre.
Je me disais simplement :
« Je teste pendant six mois ou un an, et je verrai bien. Au pire, je chercherai un CDI ensuite. »
De retour en France, une autre question s’imposait : où s’installer ?
Nous voulions quitter Paris et trouver une ville dynamique mais agréable à vivre. Après plusieurs explorations — Orléans, Angers, Tours — c’est finalement Tours qui s’est imposée.
Une nouvelle vie commençait :
à deux sur le plan personnel,
et seule sur le plan professionnel.

Aujourd’hui : mon métier, ma passion, mes valeurs
Aujourd’hui, je suis architecte d’intérieur et designer global, installée à Tours.
Après une première année en sous-traitance pour des agences parisiennes, je développe désormais une clientèle directe, majoritairement locale.
Mon métier consiste à accompagner la transformation de lieux existants — logements, commerces ou espaces professionnels — en conciliant fonctionnalité, esthétique et expérience vécue.
Il repose sur un équilibre subtil entre :
-
l’écoute attentive des besoins et des émotions
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la maîtrise technique des contraintes
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la créativité nécessaire pour imaginer des solutions pertinentes
-
la coordination des intervenants
-
et la capacité à projeter un projet dans sa réalité future
Je ne conçois pas un intérieur comme un simple agencement. C’est un lieu de vie, un espace qui influence profondément le quotidien de ceux qui l’occupent.
Si j’ai choisi ce métier, ce n’est pas seulement pour réaliser de jolies visuels 3D (même si, je l’avoue, j’adore ça). C’est parce que je crois profondément en certaines choses :
- L’écoute, avant tout : chaque projet est unique, et un intérieur réussi, c’est avant tout celui qui vous ressemble.
- La transparence : je ne vous vends pas du rêve, je vous accompagne dans la réalité — avec ses budgets, ses contraintes, ses imprévus. On les affronte ensemble.
- La durabilité : je privilégie les choix intelligents et responsables, loin du « tout jeter, tout changer ».
- La co-création : je ne suis pas là pour imposer un style, mais pour créer votre style, avec vous.
Parce qu’à mes yeux, un intérieur bien pensé n’est pas simplement esthétique : il transforme le quotidien. Il devient le reflet de soi, un espace qui apaise, qui soutient, qui inspire.

Ce que ce métier m’apporte (et pourquoi je ne reviendrais en arrière pour rien au monde)
Ce métier est exigeant : créativité constante, polyvalence, imprévus, coordination, relation humaine.
Mais c’est avant tout un métier de passion, à la croisée de la technique, de l’art, de la psychologie et du terrain.
Oui, ce n’est pas toujours simple.
Oui, les revenus peuvent être irréguliers.
Oui, les logiciels plantent parfois au pire moment.
Mais je n’échangerais cette vie pour rien au monde ❤️
Chaque projet est une aventure humaine.
Chaque mission raconte une histoire.
Chaque client qui se réapproprie son espace est une petite victoire.
Et entre nous : quel autre métier permet de mêler art, technique, psychologie, gestion de crise… et shopping de luminaires dans la même journée ? 😄
Conclusion : un parcours avec du sens
Devenir architecte d’intérieur n’était pas une évidence au départ. C’était une intuition née à 13 ans, devenue aspiration, puis vocation.
Aujourd’hui, je transforme des espaces — et parfois des vies — en y apportant du sens, de l’émotion et du concret.
Ce métier me ressemble, me nourrit et me challenge.
Et si vous aussi vous vous demandez ce que l’architecture intérieure peut changer pour vous — ou comment vous lancer dans ce métier — j’espère que ce bout de mon histoire pourra vous inspirer 💫
Mon parcours est guidé par la détermination, la créativité et l’exigence, et j’ai hâte de les mettre au service de votre projet ✍️
Comprendre d’où je viens aide à saisir pourquoi je conçois mon métier de cette façon — mais pour aller plus loin, il faut aussi déconstruire les idées reçues qui entourent encore l’architecture intérieure et voir ce que ce métier est réellement au quotidien. C’est ce que j’évoque dans le prochain article !