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Mon parcours d’architecte d’intérieur à Tours : de la vocation à la création de mon agence

juillet 2025
·
8 minutes de lecture

Révélations, études, doutes, passion et entrepreneuriat — comment je suis devenue architecte d’intérieur et designer global.

Architecte d’intérieur observant un paysage naturel au Canada lors d’un voyage de réflexion

« Tu as un métier de rêve ! » — on me le dit souvent.

Et c’est vrai : c’est un métier qui me passionne profondément. Mais derrière cette affirmation, il y a un parcours loin d’être linéaire, fait de remises en question, de sacrifices, d’efforts, et de moments forts.

Voici, depuis le début, comment cette histoire s’est construite. Et non, ce n’est pas seulement une histoire de « j’aimais dessiner des maisons quand j’étais petite » — même si, je dois l’avouer, cela a sûrement joué un rôle.

Entre rêve d’enfant et vocation affirmée

Très jeune, autour de 12 ou 13 ans, deux métiers me faisaient rêver : vétérinaire et architecte. Deux univers très différents, mais qui m’attiraient chacun pour des raisons profondes. D’un côté, le soin, l’utilité, le rapport au vivant. De l’autre, la création, la transformation, la capacité à imaginer ce que pourrait devenir un lieu existant. J’avais déjà ce réflexe d’observer une pièce et d’envisager spontanément comment elle pourrait être repensée.

À cette époque, je traversais aussi la phase assez classique du « je veux sauver le monde » — dans mon cas, ce sont les animaux qui occupaient toute la place. Je n’en avais pas à la maison, et ce manque renforçait probablement mon attachement. À défaut d’avoir un chien, je recueillais des coccinelles pour l’après-midi, et je leur construisais une cabane miniature parfaitement aménagée. Je m’imaginais déjà concevoir une clinique vétérinaire idéale, avec boutique, parc, refuge et espace de bien-être.

Le stage qui change tout

En classe de troisième, lorsque le stage d’observation s’est présenté, j’ai naturellement choisi le métier de vétérinaire. Je m’imaginais opérer des animaux sauvés in extremis, partir sur le terrain dans des fermes, des réserves, des zoos.

La réalité a été très différente : consultations de routine, vaccins, castrations. Rien d’héroïque, simplement le quotidien d’un cabinet.

Ce décalage a été brutal, mais extrêmement instructif. Parfois, une seule expérience suffit à éclairer ce que l’on ne veut pas, et par contraste, ce que l’on désire réellement. Les animaux resteraient une passion, mais pas une profession. Et, presque naturellement, l’architecture a pris toute sa place dans mon esprit.

Trouver le bon métier, entre architecture et décoration

Je me suis alors renseignée sur les études d’architecture. J’ai eu la chance d’assister à la soutenance de diplôme d’une proche, étudiante à l’École d’architecture de Versailles. C’était passionnant, mais je ressentais une distance entre cette discipline et ce que je cherchais : l’échelle me paraissait immense, parfois abstraite, un peu éloignée du quotidien des gens.

À l’inverse, les émissions de décoration qui se développaient à la télévision me semblaient trop superficielles. Inspirant, mais sans la profondeur que je cherchais.

Lorsque j’ai découvert l’architecture intérieure, tout s’est clarifié. Ce métier réunissait exactement ce que j’attendais : concevoir, dessiner, transformer, coordonner, tout en restant à une échelle profondément humaine. Ce jour-là, j’ai compris que ce que j’aimais vraiment, ce n’était pas seulement transformer des espaces pour les rendre plus beaux, mais aussi pour les rendre plus fonctionnels, vivants et adaptés aux personnes qui y vivent.

Les prémices : une chambre en perpétuel chantier

Avec le recul, les signes étaient déjà là. Je jouais aux Barbie, Playmobil ou Petshop, mais ce qui me passionnait, c’était de leur construire des univers complets — maisons, décors, scénarios de vie. Dès 11 ans, je réaménageais ma chambre toutes les deux semaines. Mon père avait installé un logiciel de modélisation 3D sur l’ordinateur familial : je recréais des intérieurs entiers, déjà comme une professionnelle en herbe. Ce n’était pas un simple loisir : ça m’animait profondément.

La scolarité : premier vrai choix d’avenir

Au collège, les arts plastiques étaient mon terrain de jeu. Au lycée, les maths l’étaient beaucoup moins — après une moyenne de 4/20, j’ai fini par l’accepter. Faute de filière artistique dans mon établissement, j’ai choisi un bac littéraire, avec pour objectif d’intégrer une MANAA, formation très sélective à l’époque.

Mon dossier n’était pas idéal : moyenne autour de 12/20, pas de portfolio solide, peu de soutien des enseignants. On m’expliquait que les dossiers sous 15 de moyenne n’étaient même pas étudiés. Mais j’y ai cru, j’y ai mis tout mon cœur, et j’ai été acceptée du premier coup, dans mon deuxième choix d’école.

À 18 ans, je quitte donc les Yvelines pour Le Havre : premier appartement, nouvelle ville, nouvelles études. Une immersion passionnante — graphisme, design d’espace, mode, peinture, modèle vivant. J’étais enfin à ma place.

Le BTS Design d’Espace : entrer dans le concret

Après Le Havre, direction Caen pour deux années de BTS Design d’Espace. Le programme était dense, orienté vers la scénographie et la micro-architecture. Pendant ces deux années, j’ai développé des compétences solides — plans techniques, modélisation 3D, maquettes — et affûté mon regard. On avait même des cours de philosophie appliquée à l’architecture, pour pousser la réflexion et donner du sens à chaque projet.

En deuxième année, j’ai décroché mon premier stage à la Compagnie de Phalsbourg, sur un outlet de luxe près de Lyon : scénographie saisonnière, espace VIP, merchandising. J’y ai découvert le chantier, la coordination, les contraintes, tout en conservant la dimension créative — un équilibre précieux.

Le Master : l’épanouissement

Après avoir obtenu mon BTS haut la main, je ne me sentais pas encore suffisamment formée. J’ai tenté le DSAA dans des écoles publiques parisiennes — à peine une quinzaine de places par établissement — et malgré un bon dossier, j’ai essuyé les refus. L’échec a été difficile, mais nécessaire : avec le soutien de mes parents, j’ai rebondi vers les écoles privées parisiennes, et j’ai intégré l’école LISAA.

Dès la troisième année, c’est la révélation. Stages, alternance, responsabilités croissantes, suivi de chantier : je découvre toutes les facettes du métier. Les projets sont variés — appartements parisiens, studios, coffee shop, chalets à Méribel, écolodge au Brésil — et cette diversité me stimule énormément.

Et finalement, le travail paie : Master obtenu avec les félicitations du jury, et une moyenne de 18/20. Un immense soulagement, une fierté, et soudain une question : et maintenant ?

Diplôme d’architecte d’intérieur et designer obtenu à LISAA Paris par Marie Heuman, présenté dans un cadre sur un bureau

Un voyage pour se ressourcer, et clarifier la suite

Après six années intenses, j’avais besoin de recul. Avec mon compagnon, nous sommes partis trois mois au Canada — Montréal, Toronto, Ottawa, Québec, la Gaspésie. Ce voyage a été profondément ressourçant, et pour la première fois depuis longtemps, j’avais du temps pour réfléchir, sans pression immédiate.

En BTS, je m’imaginais simplement décrocher un CDI en agence d’architecture d’intérieure. L’idée de me lancer à mon compte ne m’effleurait même pas. Puis, au cours du Master, mon regard a commencé à changer : j’ai eu l’opportunité de réaliser quelques missions en sous-traitance en parallèle de mes études, ce qui m’a poussée à créer ma micro-entreprise en 2021 — la même année que mon diplôme et mon alternance, comme si mon emploi du temps n’était pas déjà assez chargé.

Je me disais simplement : « Je teste pendant six mois ou un an, et je verrai bien. Au pire, je chercherai un CDI ensuite. »

De retour en France, une autre question s’imposait : où s’installer ? Nous voulions quitter Paris pour une ville dynamique mais agréable à vivre. Après plusieurs explorations — Orléans, Angers, Tours — c’est finalement Tours qui s’est imposée. Une nouvelle vie commençait : à deux sur le plan personnel, et seule sur le plan professionnel.

paysage Canada, dépaysement et ressourcement

Aujourd’hui : mon métier, ma passion, mes valeurs

Aujourd’hui, je suis architecte d’intérieur et designer global, installée à Tours. Après une première année en sous-traitance pour des agences parisiennes, je développe désormais une clientèle directe, majoritairement locale.

Mon métier consiste à accompagner la transformation de lieux existants — logements, commerces ou espaces professionnels — en conciliant fonctionnalité, esthétique et expérience vécue. Je ne conçois pas un intérieur comme un simple agencement : c’est un lieu de vie, un espace qui influence profondément le quotidien de ceux qui l’occupent.

Si j’ai choisi ce métier, ce n’est pas seulement pour réaliser de jolies visuels 3D, même si je l’avoue, j’adore ça. C’est parce que je crois en l’écoute avant tout — chaque projet est unique, et un intérieur réussi, c’est avant tout celui qui vous ressemble. Je crois en la transparence : je ne vends pas du rêve, j’accompagne dans la réalité, avec ses budgets, ses contraintes, ses imprévus, qu’on affronte ensemble. Je crois en la durabilité, en privilégiant des choix intelligents plutôt que le « tout jeter, tout changer ». Et je crois en la co-création : je ne suis pas là pour imposer un style, mais pour créer votre style, avec vous.

Ce que ce métier m’apporte

Ce métier est exigeant : créativité constante, polyvalence, imprévus, coordination, relation humaine. Les revenus peuvent être irréguliers, les logiciels plantent parfois au pire moment. Mais je n’échangerais cette vie pour rien au monde.

Chaque projet est une aventure humaine. Chaque client qui se réapproprie son espace est une petite victoire.

Pour conclure : un parcours avec du sens

Devenir architecte d’intérieur n’était pas une évidence au départ. C’était une intuition née à 13 ans, devenue aspiration, puis vocation.

Aujourd’hui, je transforme des espaces, et parfois des vies, en y apportant du sens, de l’émotion et du concret. Ce métier me ressemble, me nourrit et me challenge.

 

— Marie Heuman

Comprendre d’où je viens aide à saisir pourquoi je conçois mon métier de cette façon. Mais pour aller plus loin, il faut aussi déconstruire les idées reçues qui entourent encore l’architecture intérieure — c’est ce que j’évoque dans le prochain article.

— La lettre

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